Carnet de terrain #2 : Suivre les koalas

On avait déjà commencé à parler de koalas ici, continuons sur notre lancée maintenant!
On fait du tracking de jour et de nuit, car une grosse partie du projet s’intéresse à l’utilisation de l’habitat des koalas pendant leur période d’activité quotidienne, c’est à dire entre 23h et 2h du matin. Je vais donc détailler les deux types de journées, -qui vous allez voir ne se ressemblent pas- en commençant par le radio-tracking de jour.

Tracking de jour, tracking toujours

6h30 : Tout le monde debout! La brume étreint le bush au soleil levant et les cacatoès se réveillent bruyamment. J’ouvre mes petits yeux chaque seconde un peu plus, ne me lassant jamais du paysage!

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La brume et l’ibis

8h : On arrive près de nos koalas, dans les zones de water catchment – réservoirs d’eau de consommation de Sydney –  dont l’entrée nécessite une autorisation spéciale. Les paysages sont variés en fonction de l’aire où chaque koala se trouve, du lac à la forêt dense, la plupart du temps pour nous, c’est la forêt!
Grâce aux colliers GPS on a une idée générale de l’endroit où le koala se trouve, ensuite il faut le retrouver grâce à la box de télémétrie. Chaque koala a un émetteur VHF sur son collier, ainsi qu’une fréquence associée. Il suffit de choisir une fréquence et on est connecté au koala ! La portée du signal change selon les box, la notre capte le signal jusqu’à environ 2km selon la topographie et la météo : les collines et le brouillard obscurcissent le signal! Ensuite, une fois les bips obtenus, il suffit de les suivre car ils nous mèneront au koala : c’est parti !

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Avon Dam

10h30: Premier koala trouvé en haut de son arbre perché !  Jon Snow est caché entre les feuilles d’eucalyptus mais je le vois ! Dès lors, la valse de la prise de données se joue : mesure du périmètre de l’arbre, estimation de la hauteur du koala, de celle de l’arbre, identification de l’espèce de l’arbre et autres joyeusetés ainsi qu’un check de santé : observation de son bottom, de ses yeux, ses oreilles (pour voir les tags et vérifier qu’il s’agit du bon koala) et de son cou aux jumelles. Toutes ces données serviront à l’étude afin de déterminer quelles espèces d’arbres les koalas utilisent, et s’ils utilisent des arbres différents la nuit comparé au jour.

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Authentique wildlife ecologist à la recherche du koala perché

11h: On repart à la chasse au koala pour Hodor cette fois. C’est notre doyenne qui a un âge estimé d’environ 10 ans, ce qui commence à être vieux pour un koala! Au milieu du bush, la trouverons-nous?

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Elle est là !

11h30 : Hodor est là, au milieu des feuilles,  et regarde vers nous lorsqu’elle nous entend approcher. Même manège, la prise de données, l’observation. On a une sorte de routine et chacun fait sa part du job, de la mesure de la hauteur de l’arbre à la détermination de l’espèce. L’organisation, maître mot de la recherche scientifique me direz-vous?

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Ce magnifique 4WD en pleine forêt

13h : On trouve le dernier koala de la journée, Gendry!

14h : On se remet en route afin de sortir de ce nowhere et retrouver la civilisation.

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La natuuuuuure

15h: On arrive à la maison ! C’est l’heure pour moi de passer à la joyeuse écriture de mon rapport, d’essayer de comprendre quelles analyses statistiques utiliser, de m’arracher quelques cheveux en y pensant, de rentrer les données sur la base, et enfin de boire un bon chocolat chaud devant Netflix.

Voici la journée typique du radio tracking de jour ! Passons à la journée de night-tracking, qui n’a rien à voir !

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Et un petit champignon d’entracte

Tracking de nuit, portez-moi jusqu’à mon lit !

11h 30 : Le réveil sonne. Ça peut paraître marrant, tiens elle est flemmarde cette petite française, elle se lève presque à midi. Eh oui ! Il faut se préparer, se vêtir encore, puisque c’est toujours l’hiver ici.

13h : Je bosse sur la cartographie de nos données, ainsi que sur l’écriture de mon rapport. Je me pose des questions existentielles encore une fois sur la réussite des analyses ADN censées déterminer la présence de chlamydia dans les koalas (vous suivez?) et je fais un peu de bibliographie : lire des articles scientifiques en rapport avec mon sujet!

16h : Le soleil sur le couche lentement sur le bush et je vois ma journée de travail se profiler lentement. J’imagine au loin les koalas se réveiller.

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Coucher de soleil australien plutôt pas piqué des hannetons

18h30: On mange tous ensemble avec ma merveilleuse famille australienne, finissant le repas avec un Anzac biscuit, une sorte de sablé à l’avoine et aux noix de coco dont la recette est issue des gâteux envoyés aux soldats australiens et néo-zélandais lors de la première guerre mondiale.

21h : Après 45 minutes de route et de blabla divers, incluant des questionnements réciproques sur les habitudes de vie françaises vs australiennes, et deux portails, nous voici nous voilà au plus près de nos koalas !

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S’éclairer à la torche sous le ciel étoilé, un métier

22h30 : Koala spotted ! Il s’agit de Daenerys, jeune femelle qui a tendance à s’enfoncer dans la forêt bien loin de tout (on raconte qu’elle a trois dragons de compagnie qu’elle chevauche afin de se déplacer plus vite … Haters gonna hate 😉 ). Même déroulement que de jour, on doit collecter les données concernant l’espèce d’arbre, la hauteur, la météo etc, dans le noir et à la torche cette fois ! On ne manque pas d’inspecter la santé de notre petit marsupial aux jumelles et à la torche, toujours.

23h : Après la marche de retour à la voiture, on se remet en route vers le deuxième site afin de trouver deux de nos autres koalas : Ilyn Payne et Khal Drogo!  Encore un portail à franchir -comme dit plus haut, tous les koalas se trouvent dans des zones dont l’accès est réglementé, il faut un permis pour y entrer- et le bush est à nous.

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Une photo de jour parce que la nuit… il fait nuit justement ! On voit bien les deux pouces du koala.

0h30 : Khal Drogo trouvé ! On en est à deux sur trois. Le petit malin était au creux d’une vallée, rendant la télémétrie difficile : le signal rebondit sur les pentes.

1h: Après avoir collecté les données, on se remet en route pour un dernier koala!

1h45: Ilyn Payne trouvé, au creux de la canopée. Même processus, on collecte les données minutieusement et on se remet en route pour rentrer enfin. On commence à être un peu exténués.

2h10 : Arrivés à la voiture, on débranche tous les fils, pour ensuite se mettre en route vers la maison, le sommeil, la nuit comme les gens normaux qui ne travaillent pas sur les koalas, tout ça.

3h: Je me couche enfin après une douche brûlante, et le temps de fermer les yeux, je rêve déjà de koalas (non).

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Allez salut ! On rencontre plein d’animaux poilus ici

Voilà voilà, j’espère que c’était plutôt intéressant, je serai ravie de répondre à toutes sortes de questions, sauf statistiques/maths/R, ça c’est non 😉

 

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6 commentaires sur “Carnet de terrain #2 : Suivre les koalas

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  1. En fait un(e) écologue c’est quelqu’un qui à toujours la tête en l’air et à la recherche de fesses de koalas ?
    Peut être que mon regard très objectif m’influence (ironie quand tu nous tiens) mais j’ai l’impression que tes photos s’améliorent encore !
    Je crois que je vais devenir accros à cette série d’articles, aussi épique que GoT ;).

    J'aime

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